Parole de Carolo – Carton plein pour Monceau-Fontaines
Temps de lecture : 10 minutes

« Bruno ? Il est génial. Il a un mot pour toutes les personnes qu’il côtoie. Avec lui on n’est pas un numéro. Il inspire, met en confiance ».

Il y a pire comme entrée en matière.                                                 

The right man at the right place

Nous savions qui est Bruno Carton directeur général apprécié de Monceau-Fontaines. Sans plus. Nous ne l’avions jamais rencontré. L’exaltation lâchée par cette connaissance commune, manifestement sous le charme, avait de quoi piquer la curiosité.

En quoi ce génie ?

Eh bien, après deux heures d’entretien, une dizaine de contacts au fil de la visite du site, avec, de fait, une parole à chaque rencontre, on avouera partager l’enthousiasme de notre « go between ».

La raison ? Nous avons rarement rencontré un chef d’entreprise qui réponde aussi parfaitement à la maxime « The right man at the right place ».

Le village des solidarités

Un havre de solidarités, sans pression

Monceau-Fontaines, pour qui l’ignore, c’est un site de deux hectares et demi, situé aux confins de Marchienne et de Monceau sur les vestiges du siège central du plus grand charbonnage de la région. Devenu aujourd’hui un véritable écosystème, une sorte de village des solidarités où cohabitent et collaborent dix-huit entreprises d’économie sociale.

Solidaires dans leur raison d’être : elles sont actives dans l’insertion professionnelle d’un public précarisé (« Quelque chose à Faire », Le Germoir, AID Soleilmont), le logement (Relogeas), le crédit (la coopérative Credal), l’aide à entreprendre (Azimut) etc.

Solidaires entre elles, par exemple en mutualisant le coaching dans la recherche d’un emploi.

Une équipe de huit talents emmenée par Bruno Carton assure la coordination de l’ensemble.

Les huit talents de l’équipe de coordination

« ICI on place L’HUMAIN avant LE PROFIT », affiché sur une des portes du bâtiment d’accueil, résume la philosophie du pôle, sa dynamique et son état d’esprit.

Une réussite emblématique

Que le boss – si peu en apparence – ait le verbe sémillant, le contact attentif et qu’il ait gardé, à l’approche de la quarantaine, l’allant juvénile d’un chef scout pétri d’idéal, n’en fait pas nécessairement le patron-manager respecté de cette bulle associative bien ordonnée.

Même si ça aide.

S’il s’est construit une notoriété enviable dans la région et au-delà, c’est surtout parce qu’il a fait d’un chantier titanesque, ouvert plus de 15 ans avant son arrivée, en 2010, l’une des réussites socio-économiques les plus emblématiques du renouveau carolo.

Finalité sociale et gestion inventive

Il a développé l’œuvre des pionniers en mixant deux réalités distinctes : la finalité sociale du site et une gestion rigoureuse et inventive. Le but et les moyens. L’idéal et l’excellence. Respecter la charte de valeurs qui régit Monceau-Fontaines, comme « la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus » ou encore « former en priorité des personnes peu qualifiées », n’est pas incompatible avec la volonté de rentabiliser des ressources inexplorées.

« Un exemple ? La location de salles ne paraissait pas être un secteur à développer, vu le faible rendement. En concentrant nos efforts, et grâce à des investissements ciblés, nous sommes parvenus à passer de 20.000 à 150.000 euros de gains annuels. Rien d’incompatible avec nos principes. L’argent gagné est réinvesti dans des projets collectifs. Nous projetons de démolir un des bâtiments désaffectés et de reconstruire une salle polyvalente où des activités culturelles et sportives ouvertes à tous et toutes seront proposées ».

Toutes et tous, c’est-à-dire les trois cents personnes occupées quotidiennement sur le site : employés, stagiaires, visiteurs, clients du restaurant du Germoir etc. Sans oublier les habitants du quartier toujours les bienvenus. « Nous accordons beaucoup d’importance à nous impliquer dans notre environnement, notamment en participant aux fêtes locales. Chaque année, nous organisons une fête des voisins ».

Son premier job

La force de Carton – oserions-nous dire : sa recette ? – est de croire si fort à la nécessité absolue de l’économie sociale dans la reconversion en cours du bassin de Charleroi qu’il a choisi de mettre toute sa science de la gestion proactive au service de cette mission.

Carolo à temps plein, bien ancré dans son terreau, il est directeur de Monceau-Fontaines depuis la fin de ses études (un master en gestion à Louvain-la-Neuve), suivi d’un stage à Gand et chez Total à Bruxelles.

Ce fut et ça reste son premier job.

De la cuisine à la course à pied, il n’y a pour l’équipe pluridisciplinaire du Germoir, que le premier pas qui coûte…

Convivial et déterminé

Le dernier ? Pendant l’échange, nous lui avons demandé s’il n’a jamais été sollicité par un chasseur de tête.

Car enfin, le gaillard ne manque pas d’arguments.

1. Il y a sa réussite, saluée, remarquée : Monceau-Fontaines qui offre 5500 m2 de locaux disponibles est rempli. L’achat possible d’un terrain, une prairie d’un hectare jouxtant la propriété amènerait la construction de 3000 nouveaux m2. Vite occupés tant la demande est forte. Il n’est pas le seul responsable, loue le collectif, mais enfin, quand l’équipe engendre les victoires, c’est d’abord l’entraîneur qui est félicité, non ? (Et remercié, cyniquement dans les deux sens du terme, quand les défaites s’accumulent…).

2. Il y a son management basé sur l’épanouissement des personnes et le respect strict d’une charte. D’un naturel cordial, Bruno Carton est ferme et déterminé (un atout) dans ses prises de décision en tant que garant du patrimoine et… du règlement interne. N’entre pas qui veut dans le cercle. La candidature sera présentée à l’assemblée générale où chaque association/entreprise dispose d’une voix.

« La charte ne reprend pas seulement les critères classiques de l’économie sociale, explique-t-il, mais aussi des valeurs de solidarité initiées par les membres fondateurs, dont la participation aux activités collectives ».

A l’aise dans les transitions actuelles, énergétique et sociétales

Y a-t-il eu des couacs ?
« Rarement mais oui, c’est déjà arrivé. Le ROI prévoit l’éventualité d’une séparation. Nous avons mis fin au bail d’une association qui avait surtout cherché un endroit où installer sa base à moindre coût. Ce n’est pas l’esprit de notre communauté. Ça manquait de motivation. Privilégier la coopération entre les partenaires, comme le stipule la charte, implique d’être présent et actif ! ».

3. Il y a encore son style de vie de jeune cadre moderne. Pudique, Bruno Carton livre peu d’éléments de lui ; ils sont suffisants pour indiquer l’équilibre personnel (famille/boulot), montrer une tête bien faite, à l’aise dans les transitions actuelles, énergétiques et sociétales. Il a les clés. Souple et futé.

Sollicité ? Je suis trop bien ici

Et nous serions patron de n’importe quelle boîte, Total, tenez, puisqu’il y a bossé, nous recruterions prestement cette perle rare, champion de la valorisation des ressources humaines.

Il sourit, nous arrête. « C’est exact, j’ai déjà été sollicité, mais je suis trop bien ici. Le travail me correspond. Nous avons de beaux projets encore à développer. Collectivement. C‘est du plaisir. Je m’ennuierais si je ne pouvais pas lancer des projets, s’il n’y avait pas un potentiel extraordinaire pour les concocter, les réaliser. Dans une ambiance comme je les aime, axée sur le bien-vivre ensemble ».

Rien de tel qu’un team-building (ici aux Lacs de l’Eau d’Heure) pour renforcer l’esprit d’équipe

Tout cela traduit un engagement précis et profond, une marque indélébile. « Travailler dans l’économie sociale et créer des projets contribuant à favoriser une société qui voit les choses différemment, sans a priori, cela n’a pas de prix ».  

« Quelque chose à faire ». De fait

Bruno Carton ne manque pas de rendre hommage aux précurseurs, nous montrant ce passage mis en exergue dans le rapport annuel d’activités – très bien présenté. « Le défi était de taille, le chantier gigantesque, le cheminement ardu et périlleux. Ils l’ont pourtant relevé. Le site de Monceau-Fontaines est devenu un site incontournable de l’économie sociale, un site pionnier qui, nous l’espérons pourra générer d’autres initiatives du genre ».

Parmi les défricheurs, au sens littéral du terme, deux associations carolorégiennes de formations par le travail, qui étaient à la recherche de locaux plus spacieux pour leurs activités. Leurs noms ? « Quelque chose à faire » et « Le Germoir ». On ne trouvera pas plus prédestiné et plus explicite que ces deux références !

Le Germoir a été fondé en 1982 par Dominique Bricoult et Anne Bietlot. L’association vise à réinsérer professionnellement des femmes fragilisées.

Quelque Chose à faire est l’œuvre de Roger Vanthournout qui s’adresse à un public essentiellement de jeunes en décrochage à qui il est proposé d’apprendre un des métiers du bâtiment sur des chantiers réels.

La terre en jachère

Nous sommes en 1993.

Ils connaissent les lieux, jadis occupés par les florissantes exploitations minières de Monceau-Fontaine. Les dernières activités ont fermé dix ans plus tôt, abandonnant à la ruine des bâtiments désaffectés, les carcasses déjà rouillées de la désolation industrielle.

On appelle cela des friches. Une façon de poétiser le gâchis. Le terme n’est pas adéquat. Une friche est infertile. Pour eux, c’est une jachère, une terre en pause où c’est leur conviction, la vie peut renaître. Il y a bien « quelque chose à faire » : semer des graines avec la volonté de les voir « germer ».

Leur projet trouve écho. Via l’intercommunale Igretec, qui, c’est à souligner, montre son intérêt, il est possible de dégager des fonds européens pour ce type de réhabilitation. Le cadre ? Objectif 1, c’est-àdire, le soutien financier promis à des régions de l’Union dont le Hainaut qui présentent un revenu par tête d’habitant est inférieur à 75% de la moyenne européenne. Toute gêne bue, le coup de pouce est salutaire.

FontaiNES comme nouvelle économie sociale

En 1995, l’asbl Monceau-FontaiNES est créée pour gérer cette renaissance. Il est temps de préciser que le pluriel permet de ne pas gommer le passé, tout en apportant la part originale. NES pour nouvelle économie sociale.

Les fondateurs y tiennent. Leurs objectifs n’ont pas changé : « promouvoir et développer les possibilités de formation et d’emploi pour les personnes précarisées et peu qualifiées sur le marché de l’emploi et développer des synergies entre entreprises d’économie sociale ».

Trois décennies plus tard, Quelque Chose à Faire et Le Germoir, restent, sans vouloir offenser les autres, deux solides piliers de Monceau-Fontaines (sans majuscules au bout et avec un S comme solidarité). Quelque Chose à faire est devenu une référence de finition dans le secteur de la construction. Le Germoir s’est spécialisé dans la formation aux métiers liés à la restauration (travail en cuisine et en salle) et à la maintenance (techniciennes de surface).

La table alléchante du Germoir

Avec Carole Duchâteau, directrice du Germoir, présentant la nouvelle annexe du restaurant, un top de qualité

Belle coïncidence, le Germoir vient d’inaugurer une nouvelle annexe, bien aérée, aux couleurs claires qui lui donnent un côté cosy. La carte, renouvelée, est alléchante. La capacité a doublé : soixante couverts désormais. Et qui a construit, fignolé ce prolongement radieux ? Quelque Chose à Faire.

Et si la plus belle fierté était de faire oublier les raisons de nous trouver attablé aux côtés de Bruno Carton et de Carole Duchâteau, la directrice ? Tout en les écoutant décrire le cadre de l’apprentissage, le rôle des formateurs, les détails de la nouvelle carte, nous songions plutôt à faire découvrir cette adresse de qualité à quelques amis gourmets à la recherche de sensations inédites. Sans nécessairement leur dire d’emblée ce qui nous y poussait.

Ce qui nous ramena, indirectement à la question de la concurrence. Nous l’avions posée à propos de Quelque Chose à faire. Le « social, c’est bien, mais vos gars vous coûtent moins cher que nos ouvriers, déjà que nous peinons à en recruter ».

« Apprends comme si tu devais vivre toujours »

Bruno Carton connaît et comprend le message.

Sa réponse est limpide. « Nous avons, comme toute entreprise, un devoir d’excellence et de crédibilité. Et pour nous, cela passe par des délais plus longs. Vous ne pouvez pas demander à un jeune en apprentissage d’être aussi rapidement performant qu’un maçon un carreleur expérimenté. L’encadrement prend du temps. Il peut arriver que nous devions recommencer. Nous avions dû refaire récemment une toiture en écailles de zinc au Château des Hamendes à Jumet ».

Cette réalisation lui tient d’autant plus à cœur qu’il assure la présidence de l’asbl qui gère et entretient ce bâtiment construit fin du XIXe siècle par un notable de la région et occupé ensuite par un maître-verrier. Il abrite aujourd’hui une école, accueille des activités sociales et culturelles ainsi qu’une équipe pluridisciplinaire s’occupant de chantiers de réinsertion sociale par le logement. De deux personnes, nous sommes passés à douze, précise Bruno. Notre Parc locatif a presque triplé grâce au financement du plan de relance de la Wallonie ».

Monceau-Fontaines apporte son expertise. Quelque Chose à faire y effectue de lourds travaux de rénovation.

L’équipe de Quelque à Faire au Château des Hamendes

Le mot-clé reste l’apprentissage. « Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours ». La maxime de Gandhi, accroche l’œil sur un des murs du Germoir.

Les formateurs ont la noble passion des maîtres compagnons de jadis pour qui le savoir-faire lumineux de l’artisan s’ouvrait à la beauté du monde. La maîtrise du savoir-faire et l’assurance du savoir-être. Ce métier qu’ils auront appris, n’est-ce pas le passage vers la valorisation d’un « vrai contrat » ?

Reprendre confiance en ses capacités

La mutualisation du coaching, individuel et collectif, un des points forts du pôle va dans le même sens. Une fois le but défini. Un plan d’action adapté et sur mesure est mise en place, avec un suivi hebdomadaire. « Cet accompagnement permet à la personne de se structurer, d’avancer, de reprendre confiance en ses capacités » explique Bruno Carton. 

Il y aurait encore beaucoup à dire sur les réalisations de Monceau-Fontaines. Le salon annuel de l’emploi, organisé récemment, les échanges avec des étudiants, la valorisation de l’impact social (avec Aleap pour Association Libre d’Entreprises d’Apprentissage Professionnel), qui permet d’amener une réflexion sur l’évolution des missions de chaque association et donc de l’ensemble du pôle.

Parmi les nombreuses activités, le rendez-vous du salon de l’emploi, un incontournable

Monceau-Fontaines, c’est Charleroi

Les projets foisonnent. « Nous sommes en pourparlers pour acquérir un ancien bâtiment de la Ville de Charleroi, situé en face de l’entrée du site, annonce notre hôte. Nous sommes en mesure de le reconditionner et d’en faire une crèche, en partenariat avec la Funoc.

Est-il besoin de préciser que le terme de partenariat s’applique aussi aux pouvoirs publics, avec tous ceux qui sont convaincus que ce qui réunit est plus important que ce qui distingue? Bruno Carton est dans son élément.

A Monceau-Fontaines, j’apprécie la convivialité, la dynamique et les partenariats qui s’y construisent, glissait-il en traversant le site. Ici, il suffit de traverser la rue pour rencontrer quelqu’un et discuter, cette proximité est vraiment bénéfique ».

Monceau-Fontaines, c’est Charleroi.

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