Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Chères familles des victimes,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les représentants syndicaux,
Chers collègues,Nous sommes réunis ici, comme chaque année, dans ce lieu qui concentre à la fois la douleur de l’histoire et la dignité de la mémoire.
Le Bois du Cazier n’est pas un musée figé. C’est un lieu de vie, d’éducation, de transmission. C’est un lieu qui parle aux consciences, aux travailleurs, aux citoyens. Un lieu où la mémoire n’est pas seulement respectée : elle est active, elle nous engage.
Il y a 69 ans, jour pour jour, 262 hommes descendaient dans le puits. Ils n’en sont jamais remontés. Belges, Italiens, Allemands, Polonais, Grecs, tous unis dans la même tragédie, tous victimes de l’économie du charbon, tous emportés dans la sidération d’un drame qui marqua l’Europe entière.
Mais ce qui s’est éteint ce jour-là, ce n’est pas seulement la vie de 262 travailleurs. C’est une part de confiance, une part d’illusion sur le progrès industriel, sur les promesses du travail. Et c’est précisément cette confiance qu’il nous revient de reconstruire, par le respect, par la prévention, par la vigilance.
Le devoir de mémoire est un devoir d’action.
C’est dans cet esprit que je veux, aujourd’hui, rendre hommage aux familles, aux organisations représentatives des travailleurs, aux délégations venues d’Italie et d’ailleurs, aux représentants de tous les pays d’origine de ces hommes.
Je veux aussi saluer le travail remarquable des équipes du site du Bois du Cazier. Leur engagement quotidien permet de faire de cet endroit non seulement un sanctuaire de mémoire, mais un lieu d’émancipation.
Ce travail des équipes s’est aussi poursuivi grâce aux efforts de recherche et d’identification des 14 victimes non encore formellement identifiées, notamment par les recherches ADN. Le souvenir de Reinhold Heller, ancien prisonnier de guerre allemand, mort dans cette mine à 23 ans et récemment identifié par les experts de l’Institut National de Criminalistique et de Criminologie, nous rappelle que les visages oubliés méritent d’être retrouvés, les noms perdus, rendus à la lumière.
Nous devons cela aux morts.
Mais nous devons encore plus aux vivants.
Car si la sécurité au travail s’est largement améliorée en Belgique, elle reste une exigence permanente, ici comme ailleurs.
Le 31 juillet dernier, à la mine d’El Teniente, au Chili, cinq hommes ont perdu la vie dans la plus grande mine souterraine du monde. Ce rappel brutal nous dit que le combat pour la sécurité n’est jamais terminé.
En Belgique aussi, les risques professionnels demeurent.
Ils ne sont plus seulement physiques : ils sont aussi psychologiques. Burn-out, stress chronique, harcèlement, épuisement… Le monde du travail évolue, mais les vulnérabilités changent de forme.
C’est pourquoi je tiens à saluer la présence, aujourd’hui, du Ministre wallon en charge de la santé, Yves Coppieters, pour représenter le Gouvernement wallon.
La santé et le bien-être au travail, dans toutes leurs dimensions, doivent devenir une priorité politique de premier ordre.
Elle ne peut être ni un supplément d’âme, ni une variable d’ajustement économique.
Nous savons la priorité et l’attention consacrées par la Wallonie à cet enjeu majeur.
Protéger les travailleurs, c’est protéger la société.
Les leçons de Marcinelle doivent résonner dans chaque politique publique.
Elles nous rappellent que la vie humaine ne peut jamais être reléguée au second plan d’une logique de rentabilité.
Elles nous rappellent que la solidarité entre travailleurs, au-delà des nationalités, des langues et des cultures, est le socle d’une société juste.
Aujourd’hui, notre hommage doit se transformer en engagement.
Engagement pour des conditions de travail dignes.
Engagement pour des politiques de santé et de bien-être au travail ambitieuses.
Engagement pour un dialogue social constant.
Et engagement de faire du Bois du Cazier, à Marcinelle, à Charleroi, un pôle toujours plus fort de mémoire, de culture, de conscience.
À Marcinelle, le passé nous parle.
Mais il ne nous enferme pas.
Il nous oblige.
Il nous relie.
Et il nous guide.
À toutes les victimes, à leurs familles,
À tous les travailleurs, ici et ailleurs,
À ceux qui veillent, qui enseignent, qui transmettent,
Charleroi vous le dit aujourd’hui : votre exemple, votre témoignage, votre engagement ne s’est pas perdu dans les noires galeries de Marcinelle.
Il éclaire notre route.
Je vous remercie.









